Nouvelle norme incendie AFNOR : CITEO acteur de la sécurité en centre de tri
En juin dernier, une nouvelle norme AFNOR sur la sécurité incendie dans les centres de tri de collecte sélective est entrée en vigueur. Initiée par Citeo et élaborée au terme de plusieurs années de concertation avec les acteurs du secteur, elle vise à prévenir les risques d’incendies et limiter leur impact dans ces sites particulièrement exposés aux départs de feu. Laurent Bastida, Directeur des études et des expérimentations de Citeo revient sur le processus collaboratif qui a permis cette avancée décisive, autant pour les acteurs économiques que les citoyens.
Une nouvelle norme AFNOR concernant la sécurité incendie dans les centres de tri vient de voir le jour. Pourquoi une norme supplémentaire et spécifique était-elle nécessaire ?
Dans les centres de tri, des milliers de tonnes d’emballages et de papiers transitent chaque jour. Les départs de feu sont le plus souvent causés par des objets mal triés comme les batteries au lithium et alimentés par des matériaux hautement inflammables comme les papiers et les plastiques. Les incendies en centres de tri constituent un enjeu majeur pour de nombreux acteurs : collectivités locales, opérateurs, assureurs… En 2025, on a déjà connu quatre incendies majeurs sur la centaine de centres de tri existants et des centaines de départs de feu, heureusement maîtrisés. Incendie majeur, cela signifie destruction du site. Si le sinistre n’est pas maîtrisé très rapidement, il est impossible de l’éteindre. Le rôle des pompiers est alors de faire en sorte que le feu ne se répande pas aux environs.
Un centre de tri coûte plusieurs dizaines de millions d’euros : l’enjeu économique est donc majeur. Il y a également des conséquences lourdes sur l’équilibre de la filière de tri. Quand le site est détruit, comme cela a été récemment dans le 17e arrondissement de Paris, il faut trouver de nouvelles capacités de tri disponibles, alors qu’on constate déjà une tension sur ce secteur, avec une forte pénurie de débouchés. Il faut ainsi parfois transporter la collecte sélective sur plusieurs centaines de kilomètres, avec des coûts d’exploitation voire des coûts sociaux importants. La récurrence des sinistres se traduit aussi par un enjeu d’assurabilité des centres de tri. Enfin, les incendies ont un impact non négligeable sur l’image de la collectivité et sur celle du recyclage dans son ensemble…
Le cadre législatif existant fixe essentiellement des objectifs à atteindre en termes de sécurité des sites et donne des grandes orientations en matière de sécurisation. Avec la nouvelle norme AFNOR XP P92-990, l’ambition est d’aller un peu plus loin, d’être plus précis dans les recommandations techniques à mettre en œuvre pour respecter la législation.
Cette norme est le fruit d’un consensus entre de multiples acteurs. Quel a été le rôle de Citeo dans ce travail de concertation ?
Nous avons joué un rôle de catalyseur dans un contexte où jusque-là chacun des acteurs œuvrait individuellement. Chaque opérateur définissait ses règles, chaque assureur définissait ses exigences, chaque collectivité établissait son propre cahier des charges pour les centres de tri…
En 2021, face à la multiplication des incendies et à leurs répercussions sur la pérennité du tri, nous avons sollicité l’AFNOR et réuni les acteurs concernés afin de constituer un groupe de travail placé sous son égide. L’engagement de l’ensemble des parties prenantes a été à la hauteur des enjeux, porté par une prise de conscience collective de la nécessité d’un référentiel commun.
Nous avons commencé par un état des lieux, indispensable pour partager les expériences de chacun. Cette étape a permis de recenser tous les dispositifs en place et de faire émerger un consensus sur les meilleures pratiques à privilégier, tant pour la construction de nouveaux sites que pour les opérations de modernisation, qui impliquent souvent une refonte du process industriel. Il a ainsi été possible d’estimer la part du poste “détection et extinction” dans l’équipement des centres de tri, qui est désormais un poste économique significatif, autour de 1 million d’euros.
Quels sont donc les principaux objectifs de cette nouvelle norme ?
Prévenir et limiter l’impact des sinistres, établir un consensus sur la manière de protéger ces sites, en améliorant la détection des départs de feu et en préconisant des systèmes d’extinction plus performants.
La norme comporte trois volets principaux :
Elle propose également des bonnes pratiques en matière de conception des nouveaux centres de tri.
Lutter contre le risque incendie contribue à la pérennité du recyclage. Moins d’incendies c’est aussi plus de recyclage. Au cœur de la chaîne de l’économie circulaire, le centre de tri joue un rôle majeur, entre le geste de tri de l’habitant dans son bac jaune, jusqu’à la sortie de la matière première recyclée.
Concrètement, comment cela se traduit sur le terrain ?
En matière de détection, la norme privilégie les systèmes triple infrarouge. En combinant plusieurs technologies, ils sont plus efficaces pour repérer au plus tôt les départs de feu et les maîtriser.
Pour améliorer l’extinction, les “sprinklers” font consensus. Ce système sous pression d’eau comporte de nombreuses buses qui arrosent automatiquement et efficacement la zone dès que l’une d’elles détecte une température élevée. La norme préconise aussi un dispositif de déluge sous toiture. Pour l’extérieur enfin, les canons à eau sont bien adaptés. Les dispositifs inefficaces à éviter y sont également précisés.
Le texte intègre aussi des prescriptions sur la conception des centres de tri. Il préconise de séparer physiquement les trois zones principales (arrivée, tri, stockage). En cas de bâtiment unique, des murs coupe-feu résistants doivent limiter la propagation de l’incendie et laisser le temps d’intervenir.
Quelles autres pistes d’innovation ou d’expérimentation Citeo explore-t-il pour renforcer la prévention des risques ?
Citeo soutient plusieurs opérations de R&D, à travers les appels à projets sur les leviers d’innovation. L’un des enjeux majeurs consiste à améliorer, grâce à l’intelligence artificielle, la détection des objets dangereux. Détecter ces derniers permet de les écarter et d’éviter qu’ils ne prennent feu. Parmi ceux-ci, on trouve les cartouches de gaz ou les bonbonnes de protoxyde d’azote dont l’usage est en forte croissance. Outre le risque sanitaire, leur présence dans le bac jaune peut déclencher des incendies, et dans le bac d’ordures ménagères, causer des incidents dans les incinérateurs.
On accompagne notamment deux projets, des sociétés WASORIA et AKTID.
WASORIA équipe les centre de tri (notamment celui du Creusot Montceau) de portiques pour détecter les objets dangereux (batteries et cartouches de gaz) et d’un logiciel d’intelligence artificielle pour repérer les départs de feu.
AKTID porte un projet similaire dont l’installation est prévue au dernier trimestre 2025. Le dispositif a vocation à détecter les objets métalliques dangereux avant leur compression en paquets d’acier.
Au-delà de ces travaux, comment Citeo contribue-t-il à sensibiliser le grand public à la prévention des incendies dans les centres de tri ?
En parallèle des innovations techniques, Citeo agit aussi sur un autre levier essentiel : la sensibilisation des citoyens. Nous avons un rôle à jouer pour faire prendre conscience aux citoyens qu’il existe une chaîne de tri avec différents maillons, et que l’une des causes majeures de ces incendies, ce sont les erreurs de tri. Elles ont un degré de gravité différent selon les cas. Par exemple, si l’on met un jouet en plastique dans le bac jaune, il ne sera pas recyclé, perturbera la chaîne de tri, mais il ne générera pas de départ de feu. Mais s’il comporte une batterie au lithium, cela devient très problématique. Les batteries au lithium sont les plus concernées : elles n’ont pas leur place dans le bac jaune, et leur collecte doit s’effectuer via les points de dépôt en magasins ou en déchèteries.
Nous menons de nombreuses opérations de sensibilisation, surtout basées sur l’incitation au tri. Une campagne de communication plus spécifique sur la qualité du tri est en préparation. Notre objectif est de garantir que seuls les emballages soient déposés dans le bac de tri. Pour accompagner les collectivités, nous mettons à leur disposition des kits pédagogiques sur les erreurs de tri, à afficher dans des lieux stratégiques tels que les locaux propreté. Ces supports visent à rappeler aux habitants que tous les emballages se trient, à expliquer comment bien le faire, et à identifier les objets fréquemment retrouvés à tort dans le bac jaune.
En conclusion, on peut ainsi dire que la norme a permis d’avancer sur de nombreux dispositifs concrets pour limiter le risque incendie, mais néanmoins tout repose, au départ, sur la qualité du geste de tri. Le sujet n’est d’ailleurs pas propre à la France. De nombreux pays sont concernés. Le Canada a ainsi fait face à de nombreux départs de feu. Citeo est le premier éco-organisme à s’être emparé du sujet, et est perçu comme pionnier. Nos homologues étrangers nous sollicitent ainsi de plus en plus pour reprendre les préconisations et les bonnes pratiques sur lesquelles nous avons collectivement avancé.


