La consigne : un levier clé pour réduire l’impact des emballages
Face aux défis sociétaux et environnementaux liés à la collecte des emballages, la consigne s’impose comme une solution efficace et plébiscitée par les Français. Ce système, déjà en place dans plusieurs pays européens, pourrait accélérer le réemploi et le recyclage des emballages de boissons en particulier.
Qu’est-ce que la consigne ?
La consigne est un système de collecte des emballages qui repose sur une logique incitative : le consommateur verse un montant lors de l’achat d’un produit emballé, qu’il récupère lorsqu’il rapporte l’emballage vide. Ce geste simple peut être réalisé en point de vente, aux caisses ou dans des machines de déconsignation. Il est identique pour les deux types de consigne existants, consigne pour réemploi et consigne pour recyclage. La consigne pour réemploi concerne les emballages qui, une fois rapportés, sont lavés, remplis à nouveau et remis en rayon. Elle s’applique aux bouteilles et aux bocaux en verre. Elle est depuis juin 2025 expérimentée dans le cadre d’une boucle de réemploi mutualisée dans 4 régions du Nord-Ouest de la France, avant un déploiement national en 2027. Quant à la consigne pour recyclage, elle concerne les emballages qui, après retour, sont triés puis envoyés vers des unités de recyclage. Elle cible essentiellement les emballages de boissons : bouteilles en plastique PET et les canettes . Grâce au geste retour qu’elle favorise, la consigne pour recyclage permet de collecter plus d’emballages et d’en orienter davantage vers les filières de recyclage.
Parce que c’est un système encore peu développé en France, la consigne fait l’objet de nombreuses idées reçues.
On démêle le vrai du faux.
« Pas besoin de la consigne pour augmenter la collecte des emballages de boissons »
FAUX
En France, seulement 58%1 des bouteilles en plastique à usage unique sont aujourd’hui collectées pour être recyclées. Et on estime que seulement 1 canette sur 4 l’est également. Nous sommes encore bien loin des exigences du règlement européen PPWR, qui vise 90% de collecte pour ces deux types d’emballages de boissons d’ici le 1er janvier 2029. En l’absence d’un système de consigne et avec des taux qui progressent lentement, les objectifs ne pourront pas être atteints dans les temps. Tous les pays européens ayant déjà atteint l’objectif européen de 90% de collecte ont par ailleurs déployé la consigne pour recyclage, parfois couplée à la consigne pour réemploi.
Mais l’enjeu n’est pas seulement réglementaire : en incitant financièrement les consommateurs à rapporter leurs emballages, la consigne les encourage à ne pas les abandonner au sol. Elle permet ainsi de lutter contre la pollution, tout en réduisant les coûts de nettoiement des espaces publics et en améliorant le cadre de vie des habitants ainsi que l’attractivité des territoires.
La consigne est un levier efficace pour accélérer le réemploi et le recyclage des emballages, tout en réduisant les déchets abandonnés. Déjà déployée dans 17 pays européens avec des résultats probants, elle bénéficie d’un fort soutien des Français. Pour répondre aux objectifs européens de réduction, réemploi et recyclage, Citeo plaide pour une consigne mixte associant réemploi et recyclage.
–54% de déchets abandonnés de contenants de boissons dans les Etats qui disposent d’un système de consigne2 .
1 Source : ADEME
2 Reloop, littered with evidence proof that DRS work, 2025.
« La consigne apporte des résultats rapides, partout où elle est mise en place »
VRAI
17 pays européens ont déjà adopté la consigne, avec un taux moyen de collecte de 94%.
9 autres prévoient de le faire d’ici 2027.
En Irlande,3 le système de consigne pour recyclage mis en place début 2024 est devenu rapidement fonctionnel : en 1 an, un milliard de contenants ont été retournés, avec une moyenne de 3,3 millions par jour et une participation active de 84 % de la population. Le pays a réduit de 50 % les déchets abandonnés de bouteilles et canettes. En Lettonie, la consigne pour réemploi existe depuis 2004 et celle pour recyclage a été introduite en 2022. Elles sont désormais toutes deux gérées par un opérateur commun. Ancrée dans les usages, la consigne pour réemploi y est fortement suivie avec un taux de retour de 90%4. En Allemagne, la consigne pour le réemploi coexiste avec la consigne pour recyclage depuis 2003. Cette année-là, la consigne obligatoire a été étendue à toutes les bouteilles en plastique et canette en métal. Le taux de retour s’élève à plus de 99% sur les emballages consignés pour réemploi et à 98% sur ceux pour recyclage.
3 Re-turn, Ireland
4 Étude Ademe “Benchmark européen des dispositifs de consigne pour réemploi et/ou recyclage des emballages”, 2023.
« Les bouteilles ne représentent que 10% des emballages en plastique : la consigne a donc un impact sur une quantité très faible d’emballages »
FAUX
Les bouteilles en plastique représentent plus de ¼ des tonnes du gisement d’emballages en plastique mis sur le marché (c’est précisément 350 000 tonnes sur 1,25 millions de tonnes). On observe que la mise en œuvre de la consigne pourrait apporter un taux de collecte de 95% (+35 points), ce que entraînerait une hausse de 9 points du taux de recyclage global des emballages ménagers en plastique. Son effet ne se limite donc pas aux bouteilles.
Gains de performance estimés grâce à la consigne pour recyclage
+130 000 tonnes de bouteilles en plastique collectées et orientées vers le recyclage
+9 points de recyclage des emballages plastique
Sources :
Tableaux de bord ADEME, emballages ménagers et papiers graphiques, 2024
Taux de collecte bouteilles boissons
Par ailleurs, au-delà du plastique, la consigne est un bon levier pour collecter les canettes, dont on estime que moins d’une sur quatre est collectée dans le bac jaune. Par ailleurs, bien qu’elles soient parfaitement recyclables, leur taux de recyclage n’est que de 43% en France.
La consigne pour recyclage permet également de garantir une meilleure qualité des volumes collectés. Les emballages récupérés via un système de retour dédié sont moins dégradés et moins mélangés à d’autres déchets, ce qui améliore le rendement matière lors du recyclage.
« En associant la consigne pour recyclage et la consigne pour réemploi, on crée un cercle vertueux »
VRAI
La consigne dite « mixte » permet de simplifier le geste pour le consommateur : il peut rapporter tous ses emballages consignés en une seule et même fois, en point de vente, aux caisses ou dans des machines de déconsignation. Ainsi, il fait le geste plus souvent, pour tous ses emballages. Le poids de l’effort est le même.
Par ailleurs, si tous les emballages de boissons sont consignés, les prix seront plus cohérents.
Et le consommateur s’y retrouve : le taux de réemploi des emballages de bières a par exemple progressé de 20 points en Allemagne entre 2002 et 2003, année du lancement de la consigne pour recyclage.
Autre exemple en Allemagne toujours : dans le secteur de l’eau, 42% des emballages sont réemployables. L’extension de la consigne pour réemploi à d’autres secteurs a permis d’augmenter les mises en marché d’emballages réemployables : en deux ans, c’est plus 50% pour les bouteilles de jus et plus 30% pour la bière.
Ainsi, les deux systèmes se renforcent mutuellement en maximisant le retour de tous les emballages consignés, quels qu’ils soient.
Citeo et plusieurs centaines d’acteurs expérimentent un dispositif de réemploi en grandes et moyennes surfaces dans 4 régions françaises, avant un déploiement au niveau national.
Le réemploi se déploie dans 4 régions françaises
« La consigne va créer une fracture territoriale car elle ne sera pas accessible partout »
FAUX
La consigne n’est pas réservée aux grandes et moyennes surfaces, généralement situées sur des territoires urbains : elle a aussi vocation à être proposée dans des petites surfaces, des points de vente à emporter et des commerces de proximité.
Par exemple en Norvège, Pays-Bas et Suède, plusieurs points de retour manuel volontaire peuvent faciliter le retour de l’emballage, quel que soit le lieu de consommation : station-service, kiosque, clubs sportifs, cinéma, etc.
La consigne est aussi présente sur des typologies de territoire très variées, y compris ruraux. En Hongrie et en Roumanie, des solutions de collecte mobiles sont mises en place dans des zones rurales.
La réussite du dispositif dépend de son accessibilité à tous. Le système doit donc être pensé comme un service universel couvrant l’ensemble du territoire, sans changer les habitudes des consommateurs.
« La consigne, les consommateurs n’en veulent pas ! »
FAUX
La consigne représente aux yeux des citoyens consommateurs un système de bon sens, familier et qui a fait ses preuves. Selon notre sondage “Les Français et le tri des déchets” mené en 2025 avec le CSA, elle bénéficie d’une forte notoriété chez 94% d’entre eux. Ils sont plus de 9 sur 10 à être favorables au développement de la consigne pour réemploi et pour recyclage. Ils la considèrent en effet facile à mettre en œuvre (75%), efficace pour accélérer le réemploi et réduire nos déchets (95%) et bénéfique pour l’emploi en favorisant la création d’emploi (85%). A deux conditions : 56% souhaitent des points de collecte facilement repérables et accessibles, et 47% attendent une compensation suffisamment incitative.
« Le remboursement de la consigne n’est pas garanti »
FAUX
Dans n’importe quel système de consigne, tous les consommateurs bénéficient d’un remboursement dès lors que l’emballage est rapporté. Le principe est simple : la personne qui rapporte son emballage récupère le montant de consigne avancé.
Le dispositif assurera :
L’identification du montant de la consigne par le consommateur ; Une facilité du geste de retour (manuel ou automatique) ; Une clarté du remboursement (manuel ou automatique).
Il s’agit de l’effet incitatif clé d’une consigne : les consommateurs doivent retourner l’emballage pour être remboursés.
« La consigne pour recyclage porte atteinte au principe de gestion publique des déchets »
FAUX
En France, le service public de gestion des déchets repose sur un cadre légal, principalement défini par le Code de l’environnement et le Code général des collectivités territoriales. La consigne ne change rien à cette réalité. Mais la gestion des déchets n’a jamais été un monopole public exclusif. Cette mission repose sur une filière d’intérêt général déjà structurée par la coopération entre sphère publique et sphère privée, chacune intervenant sur son échelon de compétence.
La consigne ne touche pas à cette architecture : elle en déplace une partie, à la marge, pour plus d’efficacité. Son périmètre est ciblé : les emballages de boissons plastique et aluminium, soit environ 10 % des emballages aujourd’hui triés par les Français dans le bac jaune.
Et son fonctionnement répond à une logique bien différente de celle d’un service marchand : c’est un dispositif incitatif et sans but lucratif, pensé pour maximiser la collecte sur un flux précis, pas pour concurrencer ou remplacer le service public existant.
Sur l’essentiel, rien ne bouge : les collectivités restent l’échelon de collecte. C’est une compétence obligatoire des communes et de leurs groupements depuis la loi NOTRe de 2015 (article L. 2224-13 du CGCT), ancrée dans le pouvoir de police du maire pour la salubrité publique. Ce fondement juridique et cette légitimité de proximité ne sont remis en cause par aucune disposition du dispositif de consigne : les collectivités continueront d’assurer la collecte des déchets ménagers sur leur territoire, comme elles le font aujourd’hui.


