L’incorporation de matière recyclée : un levier clé pour la circularité des emballages
Depuis le 1er janvier 2025, les bouteilles pour boisson en PET mises sur le marché doivent incorporer 25% de plastique recyclé. En 2030, tous les emballages en plastique seront concernés. Derrière cet enjeu écologique majeur, des défis industriels et des solutions. Gaultier Massip, responsable au sein de l’équipe éco-conception de Citeo revient sur l'importance de l’incorporation de matière recyclée pour des emballages circulaires et explique comment Citeo accompagne les entreprises dans les évolutions en cours.
Gaultier Massip
Responsable au sein de l’équipe éco-conception de Citeo
Pour aller plus loin
Quels sont les principaux enjeux de l’incorporation de matière recyclée dans les emballages et quel rôle joue Citeo ?
Ce sujet est au cœur de l’économie circulaire et de ses enjeux. La mission de Citeo est de réduire l’impact environnemental des emballages et de garantir des solutions réellement circulaires pour tous les emballages mis sur le marché. L’incorporation de matière recyclée répond à cette ambition, en pérennisant les filières de recyclage. L’utilisation de matière recyclée, dans la grande majorité des cas, diminue la consommation de ressources vierges, ce qui limite les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’eau et d’énergie. La création de débouchés pérennes et à valeur ajoutée pour les matières recyclées garantit une meilleure prévisibilité pour les acteurs du recyclage et une viabilité économique du modèle industriel. Les garanties en termes de débouchés possibles permettent de se projeter dans le moyen terme, d’investir, de lancer des projets …
Citeo agit sur l’ensemble de la chaîne des 3R – réduction, réemploi, et recyclage – avec une approche systémique du recyclage qui recouvre :
Et la mission de Citeo ne se limite pas au recyclage, elle prend en compte toutes les dimensions de l’économie circulaire pour créer un modèle économique viable pour les recycleurs. C’est pour cette raison que la question des débouchés est centrale dans la réflexion. Dès lors qu’on prône une certaine circularité, on doit faire en sorte que les matières recyclées trouvent une seconde vie dans des applications concrètes. Les emballages représentant une part conséquente de l’utilisation de plastique, ils ont un rôle prépondérant à jouer dans l’incorporation de matière recyclée.
Quels matériaux intègrent de la matière recyclée ? Quelles sont les particularités de chacun ?
Tous les matériaux sont concernés, avec des défis spécifiques.
La filière du verre est déjà très performante avec un taux de recyclage autour de 84% et une production de nouveaux emballages incorporant systématiquement le calcin recyclé. Les bouteilles vertes peuvent ainsi en incorporer jusqu’à 90%. Pour aller encore plus loin, nous travaillons sur le tri par couleur, afin d’augmenter la part de verre recyclé dans la fabrication de contenants blanc ou extra-blanc, pour lesquels aujourd’hui l’incorporation est tout au plus de 25%. Les avancées sont encourageantes : la demande est là, et les traiteurs de calcins disposent déjà des équipements nécessaires.
En ce qui concerne le papier, de nombreuses applications incorporent de la cellulose recyclée, du fait notamment de l’essor du e-commerce (utilisation en moyenne de 85% de cellulose recyclée dans des cartons d’expédition, caisses américaines). L’enjeu majeur réside dans le retour au contact alimentaire du papier-carton. Des travaux sont en cours sur la mise en place de barrières fonctionnelles ou la décontamination de la matière en elle-même.
L’acier dans l’emballage représente un gisement assez faible, par rapport à ses autres applications (automobile, BTP). La pression sur l’incorporation de recyclé est donc moins forte. Néanmoins, certains metteurs en marché souhaitent mieux connaître et valoriser la part d’acier recyclé dans leurs emballages.
L’aluminium recyclé offre quant à lui un bénéfice environnemental majeur, avec un impact environnemental 10 fois moins important que l’aluminium vierge. La filière évolue, elle doit notamment faire face à un recul de son débouché historique, la fabrication de carters pour les moteurs diesel. Des travaux ont été initiés sur la préparation des déchets aluminium en vue d’un retour à l’emballage. Des aérosols ou des canettes en aluminium recyclé sont ainsi déjà présents sur le marché.
Le plastique concentre aujourd’hui l’essentiel des enjeux. De nombreuses entreprises ont déjà pris des engagements volontaires, qui sont désormais renforcés par des obligations visant à élargir l’assiette des emballages incorporant de la matière recyclée. La première catégorie concernée est la bouteille PET pour boisson : depuis le 1er janvier 2025, ces emballages doivent incorporer 25 % de plastique recyclé et ce taux passera à 30 % en 2030. Le gisement de bouteilles PET pour boisson représentant environ 300 000 tonnes par an, cela va donner de la visibilité aux acteurs du recyclage. En 2030, tous les emballages plastiques seront concernés, qu’ils soient alimentaires, “sensibles au contacts”, ou non. Il s’agit là d’une véritable révolution, qui fait du secteur des emballages un précurseur. Les travaux sur le règlement européen sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR) ont donné lieu à d’intenses négociations et ont permis de fixer le cap et le cadre pour chaque résine, en fonction de la typologie d’emballages.
Quel sont les défis pour les industriels ?
Les industriels doivent relever deux types de défis majeurs : sanitaires, et techniques.
Sur le plan sanitaire, la priorité est de garantir l’innocuité de la matière réincorporée dans les emballages alimentaires, afin de préserver la sécurité des consommateurs. Le cadre imposé pour le retour à l’emballage est très strict et précis, quel que soit le niveau de gradation et de complexité (pour l’alimentaire, mais aussi pour les cosmétiques, les produits d’hygiène corporels…). Des solutions permettantle retour au contact alimentaire existent déjà, notamment des technologies de recyclage chimique comme la pyrolyse sur le polystyrène ou les polyoléfines. De nombreuses pistes doivent encore être explorées.
Sur le plan technique, incorporer de la matière recyclée peut engendrer de la variabilité, avec des impacts importants sur les fonctionnements industriels. Les matériaux, notamment les plastiques, n’ont pas forcément exactement les mêmes propriétés que leurs équivalents vierges. La conséquence peut être un ralentissement des cadences ou l’augmentation des quantités de déchets générés sur une ligne industrielle (non-conformité, dysfonctionnements…). La stabilité de l’approvisionnement est déterminante, car toute variabilité implique une adaptation industrielle. C’est pourquoi, dans les projets menés avec nos clients, nous cherchons à identifier tous ces impacts : surcoûts potentiels, besoins de modifications des habitudes des opérateurs, de modifications légères ou de recalibrages de lignes. Un exemple concret : le scellage d’un opercule sur une barquette intégrant du recyclé peut être légèrement plus complexe, nécessiter plus de temps ou une adaptation du matériel.
La perception des consommateurs est aussi un facteur important. Pourquoi ?
Au-delà des aspects sanitaires et techniques, les projets de réincorporation ont souvent des implications plus larges, sur la perception du consommateur et le marketing produit. Changer l’aspect d’un emballage, parce qu’on a incorporé de la matière recyclée peut nécessiter de changer un code de marché.
L’exemple classique est celui du papier recyclé. A une époque, l’objectif était de mettre en valeur l’aspect recyclé, avec une couleur grise, des fibres apparentes. Des stratégies similaires existent dans certains pays européens, avec des barquettes dont l’aspect peut varier d’une semaine sur l’autre en fonction de l’approvisionnement. Cela fait partie de l’histoire racontée autour du produit.
Dans d’autres contextes en revanche, le consommateur s’avère inconsciemment rassuré par la stabilité dans le temps, ou l’aspect neuf de l’emballage. Des agents blanchissants ont ainsi été réintroduits dans le papier recyclé, pour qu’il ait le même aspect que le papier vierge. L’incorporation de plastique recyclé dans l’emballage suit la même tendance, avec un gommage des différences. La mention “papier recyclé” est présente, mais l’emballage est d’aspect inchangé. Par exemple, dans les bouteilles en rPET (PET recyclé), un travail important porte sur le goulot, la zone la plus épaisse et donc la plus susceptible de faire transparaître l’effet “recyclé”.
Le lait constitue un autre exemple intéressant, avec le blanc comme code marché historique. Lorsque Citeo a lancé des projets d’intégration de matière recyclée dans le PET opaque pour les faire revenir dans une application lait, des défis technologiques de tri et décontamination ont été relevés. Mais avec pour résultat une bouteille de couleur grise ! L’enjeu devient alors d’accompagner le consommateur dans cette transition, avec parfois un écart entre son attirance pour les produits intégrant du recyclé, comme il le déclare dans certaines enquêtes, et ses réels choix d’achat.
Les matières recyclées sont-elles économiquement plus avantageuses que les matériaux vierges ?
La plupart du temps, les matières recyclées sont moins chères que les matières vierges, notamment celles qui ne nécessitent pas un “post traitement” important (décontamination, désodorisation…complémentaires au recyclage). Plus on cherche à obtenir une matière recyclée de très haute qualité, plus le coût est élevé.
Le seul plastique recyclé dont le prix dépasse sensiblement le prix du vierge est le PET, apte au contact alimentaire. C’est moins lié au cours des marchés des combustibles fossiles qu’au rapport entre la demande (les besoins du marché) et la “capacité installée” (celle des installations de production). Pour le PET vierge, cette capacité installée est très élevée, principalement aux États-Unis ou en Asie, l’offre est donc importante. La demande existe mais stagne dans les pays développés. Résultat : le prix du PET vierge est aujourd’hui au plus bas.
Sur les autres résines plastiques qui ne sont pas de grade alimentaire, la matière recyclée est moins chère que la matière vierge. En revanche, elle ne trouve pas beaucoup d’applications dans l’emballage du fait de ses propriétés techniques. Elle trouve des débouchés dans la fabrication de tuyaux d’irrigation, de produits injectés simples comme des cintres, des pots de fleurs…
Dès lors qu’il s’agit de produire de la matière recyclée de qualité alimentaire, le coût de revient est supérieur, engendré par l’ensemble des processus de traitement. Prenons l’exemple du rPS : pour le rPS dans une application non alimentaire, le prix est plus bas que la matière vierge, en revanche les débouchés sont faibles ; alors que le rPS apte au retour contact alimentaire provenant de notre nouvelle filière de recyclage en Belgique a un prix plus élevé. C’est une montée en qualité essentielle qui permet à la filière emballage de prendre sa part dans l’utilisation de matériaux recyclés.
Comment Citeo agit pour lever les freins à l’incorporation de recyclé, et notamment ce frein économique ?
Les éco-organismes agréés sur la REP emballages ménagers et papiers graphiques ont mis en place des dispositifs financiers incitatifs, et notamment “la prime MPR” pour Matière Première Recyclée. Créée en 2020, elle s’est progressivement élargie et propose aujourd’hui un dispositif harmonisé avec des montants par résine plastique, des modalités et des critères d’éligibilité précis. Notre enjeu est double : simplicité et efficacité. Financée par les contributions plastiques des metteurs en marché, la prime MPR est théoriquement un “jeu à somme nulle” pour l’éco-organisme et ses clients, sans financement public. Essentielle pour préparer l’objectif 2030, elle mobilise une enveloppe de plusieurs dizaines de millions d’euros. Cet engagement conséquent de Citeo est à la hauteur des enjeux et des défis.
En conclusion, l’incorporation de matière recyclée dans les emballages s’impose comme un pilier de la transition vers une économie circulaire et nécessite de mobiliser toute la chaîne de valeur, des metteurs en marché aux recycleurs en passant par les fabricants d’emballages. Citeo accompagne l’ensemble des acteurs pour atteindre les objectifs 2030, et au-delà pour bâtir une filière circulaire pérenne et viable économiquement. A terme, l’objectif est de protéger le tissu industriel européen, de faire en sorte qu’on ait une filière et un marché locaux de recyclage et de réincorporation de plastiques recyclés dans les emballages.
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