Petits emballages : comment mieux les trier et les recycler ?
Les petits emballages représentent un défi majeur pour le tri industriel : leur taille complique fortement leur captation en centre de tri. S’ils sont légers, ils sont nombreux et peuvent dégrader la qualité des matières triées. À l’appui de retours d’expérience, CITEO et ses partenaires explorent depuis plusieurs années des pistes techniques pour améliorer leur captage et in fine leur recyclage. Emmanuelle Jacquier, Responsable études et expérimentations Tri de Citeo nous raconte les enjeux et les perspectives.
Petits emballages : de quoi parle-t-on ?
De façon générale, les petits emballages et papiers correspondent à tous les petits formats d’emballages et les formats individuels, que les habitants doivent trier dans leur bac jaune en France, quel que soit le produit qu’ils contiennent (alimentaire, non alimentaire) ou les matériaux qui composent cet emballage ou ce papier. Nous retrouvons par exemple des sachets de biscuits, des pipettes de sérum physiologique, les blisters de médicaments, des petits emballages de cosmétique (flacons et pots, tubes de mascara…), des petits pots de yaourts. On retrouve également des éléments d’emballage qui ont été séparés lors du geste de tri : bouchons, opercules…ou encore des morceaux d’emballages fragmentés et des bouts de papiers déchirés.
Il n’y a pas de cadre réglementaire qui définit la notion de « petits emballages et papiers », que ce soit au niveau français ou européen. Une définition – partagée par les parties prenantes – a pu être proposée pour la première fois en 2025 dans le cadre d’une étude conjointe entre éco-organismes français, portée par l’Organisme coordinateur emballages ménagers (OCAPEM) : un petit emballage et un petit papier ont une dimension comprise entre 20 et 100mm.
La quantité de ces petits mis sur le marché en France est difficile à estimer : lors des déclarations annuelles, les metteurs sur le marché d’emballages et de papiers ne déclarent pas des formats ou tailles d’emballages. Impossible donc par ce biais de quantifier précisément ce gisement ! Néanmoins, nos études montrent qu’ils représentent 17% du contenu du bac jaune à l’arrivée en centres de tri. C’est modeste, mais significatif.
Si les petits sont moins bien captés que les autres emballages, une partie est réellement captée et est déjà recyclée : les petits doivent donc respecter les consignes d’éco-conception pour être recyclables et recyclés et nous accompagnons nos clients en ce sens.
Existe-t-il déjà des solutions pour certains petits emballages ?
Oui, certains petits emballages sont aujourd’hui bien triés : il s’agit des petits métaux. Depuis 2014, le Projet Métal a été déployé pour mieux capter les petits métaux, et CITEO était évidemment partie prenante de cette aventure puisque nous avons accompagné et continuons à accompagner financièrement les centres de tri pour s’équiper de machines permettant de les capter dans la fraction de fines. Ainsi, grâce à l’installation de machines à courant de foucault, on capte davantage de petits aluminiums (capsules de café, opercules des bouteilles de lait, blisters de médicaments, sachets en aluminium souple, …) et grâce à l’installation de machines appelées overband, on capte davantage de petits aciers (bouchons, opercules de conserves, …). En 2024, ce sont 8350 tonnes de petits aluminiums qui ont été envoyées en pyrolyse grâce à 80 centres de tri équipés à début 2026.
Pourquoi a-t-on du mal à capter les autres en centre de tri ?
En termes de process, les centres de tri fonctionnent globalement tous de la même façon : ils commencent par séparer les emballages et les papiers à trier en fonction de leur taille, en les regroupant en plusieurs fractions dès le début du process. En effet, il est plus efficace de trier des flux homogènes en taille et en composition. On retrouve ainsi 3 fractions :
Les petits emballages et papiers s’orientent donc dans la fraction de fines ainsi que dans la fraction moyenne (majoritaire en tonnages dans les centres de tri). Sur la fraction des fines, on va surtout chercher à capter les petits métaux pour les recycler tandis que les plastiques et les fibreux présents seront majoritairement orientés vers les refus et valorisés énergétiquement. La fraction moyenne va passer par une succession d’étapes et d’équipements pour capter un maximum d’emballages et de papiers. La taille de l’emballage ou du papier joue directement sur les performances de tri : nous avons pu montrer que même en laboratoire, repérer les petits plastiques et papiers s’avèrent plus difficile car ils ont des comportements aléatoires, peuvent être cachés ou entrainés par des emballages plus gros et ils sont plus difficiles à éjecter… De plus, la présence de petits emballages et papiers dégrade la qualité des différents flux produits, notamment fibreux et plastiques souples. Conséquence : les recycleurs ne veulent pas de tous les petits.
Le sujet des petits est relativement nouveau, les données souvent partielles et encore à consolider mais un consensus se dégage : l’amélioration de leur captage et recyclage est complexe et représente un défi.
Comment CITEO et ses partenaires se sont mobilisés pour trouver des solutions ?
Depuis plusieurs années, CITEO pilote un groupe de travail autour du sujet des petits avec pour ambition de mieux comprendre leurs comportements dans les process de tri et de recyclage, et trouver des solutions. Dans cette instance, des industriels investis et représentant différents secteurs (alimentaire, cosmétique, parapharmacie…) contribuent aux réflexions et challengent les orientations des travaux.
Côté tri, depuis 5 ans, nous avons engagé des expérimentations, des tests d’emballages, des diagnostics d’installations, des caractérisations, permettant ainsi de mieux comprendre « les petits » en centres de tri et d’analyser les options techniques potentielles.
Côté recyclage, depuis 2024, nous avons mené des entretiens avec les principaux recycleurs de plastiques et fibreux, pour comprendre comment ces petits emballages et papiers pouvaient intégrer voire impacter leurs process de recyclage. À date, leur intérêt se porte surtout sur les petits plastiques rigides qui pourraient être pris en charge dans les filières de recyclage existantes (petits flacons, pots et bouteilles en PE, PP, PS et PET).
CITEO a également réalisé en 2025 un benchmark : nous avons mené des entretiens avec plusieurs interlocuteurs de différents pays européens, pour comprendre comment était adressée la problématique des petits emballages et papiers sur leurs territoires. Si les résultats ont été intéressants, ils ne font pas apparaitre de solution miracle : de nombreux pays font face aux mêmes problématiques que les nôtres : les installations trient moins bien ces « petits », quelles que soient les modalités d’organisation de collecte mises en place. Les centres de tri ne sont généralement pas équipés pour les trier, et les données technico-économiques manquantes. Enfin, tous les pays se heurtent à la difficulté d’avoir une vision claire de ce gisement : à date, personne ne sait quels tonnages ces petits représentent.
Quel est l’état d’avancement de ces travaux ?
On pourrait penser que pour mieux capter les petits à l’étape de tri, il suffit d’ajouter des équipements comme des tris optiques ou mécaniques sur le flux de fines ou de baisser la taille des fines pour en laisser passer davantage dans la fraction moyenne. Malheureusement c’est plus compliqué que cela et les impacts sont nombreux quand on modifie des étapes de process de tri. C’est ce qu’a cherché à analyser l’OCAPEM dans le cadre de son étude en 2025 pour l’optimisation du captage des petits emballages et des petits papiers à l’étape de tri : vous trouverez ici la synthèse des travaux réalisés.
Cette étude se base sur l’ensemble des données en la possession des éco-organismes sur le sujet (caractérisations de flux de collecte sélective essentiellement), elle compile également des interviews d’experts de la profession (exploitants de centres de tri, fournisseurs de machines, ensembliers…). Elle liste tous les scénarii jugés d’intérêt par la profession pour améliorer le tri des « petits » en France, aux étapes de tri, ou surtri. Pour chaque scénario, une analyse détaillée des impacts en termes de tonnes, de coûts et d’équipements à installer permet d’apprécier l’efficience et la faisabilité de déploiement (ex : nombre de centres de tri pouvant le mettre en œuvre dans un temps raisonnable). En effet, on peut envisager de travailler de plusieurs façons sur les centres de tri, en fonction de leur conception et process (cette liste est non exhaustive) :
Nous souhaitons que cette étude technique puisse être partagée au plus grand nombre et surtout aux opérateurs techniques (propriétaires et exploitants de centres de tri), car ce sont eux qui sont les mieux placés pour faire le diagnostic de leurs installations et identifier les points d’amélioration du process sur le sujet.
Quelles sont les prochaines étapes ?
Même s’il n’y a pas de solutions techniques simples et faciles à mettre en place rapidement, certaines pistes émergent. Nous souhaitons engager le sujet sur le terrain : il s’agit d’accompagner les centres de tri vers une prise en compte du tri des « petits » dans leur process pour augmenter leur captation. Le sujet de la taille restera toujours une difficulté à leur bon captage mais nous devons initier des évolutions sur le terrain. Nos Appels à projets tri et Innovation lancés cette année permettront aux candidats désireux de tester des solutions de bénéficier d’un accompagnement par CITEO. Le prérequis à cet accompagnement sera toujours bien évidemment la qualité de la matière à recycler. Comme ce fut le cas pour permettre la simplification du geste de tri, ces adaptations de process industriels prendront du temps, mais nous permettront de trouver des solutions pour mieux recycler ces emballages et atteindre les objectifs réglementaires fixés en matière de recyclage.
En parallèle, nous allons bien évidemment poursuivre les travaux que nous avons conduits jusqu’à présent pour continuer à chercher des solutions : finaliser les expérimentations en cours sur les petits emballages et papiers, poursuivre la veille technique dans les autres pays européens, mais aussi communiquer plus largement sur les données en notre possession pour diffuser nos connaissances et embarquer toutes les parties prenantes sur ce sujet.


