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Interview Expert

Le flux développement, accélérateur de R&D pour le recyclage des emballages

#centre de tri#plastiques

La simplification du geste de tri se déploie en France : plus d’1 Français sur 2 peut déjà trier tous ses emballages sans exception. Si cette simplification facilite le quotidien des Français en levant leurs doutes sur les consignes de tri notamment des plastiques, elle entraîne des évolutions en matière de tri industriel, l’étape qui vient juste après le tri des consommateurs. Avec 2 enjeux clés : conserver un bon niveau de qualité de la matière triée pour être recyclée et alimenter la R&D pour développer les filières de recyclage des emballages en plastique. C’est le rôle du flux développement dont Eric Fromont, directeur déploiement des projets collecte et tri de Citeo, nous explique le fonctionnement et les objectifs.

    En 2014-2015, le déploiement de la simplification du geste de tri en France était lancé. Quelles ont été les conséquences dans les centres de tri ?

    La simplification du geste de tri ouvre le bac de tri à tous les emballages : les pots, barquettes, tubes, films et autres emballages souples en plastique sont les nouveaux entrants dans le bac jaune qui jusqu’alors, pour les plastiques, était réservé aux bouteilles et flacons (et c’est encore le cas pour 50% des Français, à date). Cette évolution nécessite des adaptations techniques dans les centres de tri, comme l’installation de nouvelles machines de tri optique et d’équipements pour gérer la présence d’emballages souples. Elle implique aussi de repenser la composition des flux triés en centres de tri.

    Ainsi dès 2015, dans les territoires où le tri est simplifié pour les habitants, les flux triés étaient les suivants :

    • Pour le PET clair, les barquettes monocouches (de viennoiserie par exemple) ont été mélangées aux bouteilles ;
    • Idem pour le PET foncé et opaque (barquette de fruits et légumes par exemple);
    • Les bouteilles PEHD et PP ont été rejointes par les pots et barquettes PEHD et PP (barquette de beurre et pot de crème), ainsi que par ceux en PS (pots de yaourt) ;
    • Enfin, un nouveau flux de films en PE a été créé (comme les films des packs d'eau).

    Ces flux sont toujours, à date, ceux produits par ces centres de tri pionniers. Les autres types d’emballages, complexes et multicouches, partaient en valorisation énergétique, ou à l’enfouissement (si aucune solution de valorisation énergétique ne pouvait être trouvée). C’est encore le cas pour la majorité d’entre eux, le temps que les projets d’éco-conception et de développement de filières de recyclage aboutissent.
    Après 1 à 2 ans de mise en œuvre, les recycleurs ont constaté des difficultés à recycler la matière issue des balles sorties des centres de tri qui appliquaient ces nouveaux flux.

    Quelles étaient les principales difficultés rencontrées par les recycleurs ? 

    Elles étaient principalement de 3 ordres :

    • Pour le PET clair, les barquettes venaient perturber le recyclage des bouteilles. En effet, le PET des barquettes est plus fragile et impose de créer des lignes de recyclage dédiées. De plus, notamment à cause de certaines barquettes multicouches difficiles à extraire de façon systématique lors du recyclage, des soucis de coloration de la matière obtenue à partir de ce mix bouteilles/barquettes en PET clair ont été constatés ;
    • Le PS doit être traité à part. Le moindre gramme de PS, inclus dans le PE et PP lors du recyclage, vient là aussi perturber celui-ci ;
    • Enfin, le problème était connu, le PET opaque et ses opacifiants gênent le recyclage du PET coloré. Depuis des progrès ont été fait en éco-conception, faisant baisser le taux d’opacifiants à des seuils acceptables.

    Suite à ces remontées, il devenait indispensable de préserver les filières déjà matures et pérennes aux débouchés à forte valeur ajoutée, comme celle des bouteilles en PET clair, en garantissant une bonne qualité de la matière recyclée.
    Ainsi, après des études d’impact et de faisabilité, Citeo et les acteurs de la filière emballage ont décidé de créer en 2019, un nouveau flux pour les plastiques, baptisé flux développement et qui rassemble 4 familles d’emballages :

    • Le PET coloré, composé principalement de bouteilles ;
    • Le PET opaque, principalement des bouteilles également (lait notamment) ;
    • Les barquettes en PET (barquettes de viennoiserie, fruits & légumes et charcuterie) ;
    • Les pots ou barquettes en PS, dont la moitié du tonnage mis en marché est composée de pots de yaourt. 

    Dans les territoires où le tri est étendu depuis 2019, les centres de tri mettent en balle ces emballages en mélange, puis ils sont acheminés dans des unités de surtri, qui les trient séparément pour rejoindre ensuite leurs filières de recyclage dédiées, qu’elles soient matures (comme pour le PET coloré) ou en développement (comme pour les barquettes en PET, les emballages en PET opaque et en PS).

    Ce flux développement entraîne donc une nouvelle organisation industrielle avec des centres de tri et de surtri. Quelle est-elle précisément ?

    En effet, la mise en œuvre de ce flux n’est possible qu’à condition que les centres de tri disposent d’un espace suffisant pour adapter leur process pour le trier, et regrouper ses emballages indépendamment des autres plastiques. Les centres de tri modernisés depuis 2019 remplissent cette fonction. Ils sont une vingtaine à date. Il y en aura 15 de plus en 2021 et plus encore au fil du déploiement de la simplification du geste de tri en France. Les sites en fonctionnement avant 2019 vont s’adapter.
    On l'a dit, le flux développement implique aussi la création d’une activité de surtri pour séparer les 4 groupes d’emballages qui arrivent en mélange dans les balles produites par les centres de tri. Aujourd’hui, 8 centres répartis dans toute la France, gérés par des opérateurs de tri, assurent cette activité.

    Que deviennent ces emballages une fois surtriés ?

    Ils sont vendus à des recycleurs pour être recyclés en France ou dans des pays frontaliers, Espagne, Allemagne et Italie :

    • Le PET coloré est principalement recyclé pour fabriquer des matériaux d’isolation pour le secteur du bâtiment ;
    • En ce qui concerne le PET opaque, d’importants progrès ont été faits ces dernières années, notamment pour développer une filière de recyclage « bottle to bottle » pour le secteur du lait ;
    • La filière française de recyclage des barquettes en PET se construit. Citons par exemple les projets de création de lignes de recyclage à Limay (78) et Verdun (55) portés par France Plastique Recyclage et Wellman, pour fabriquer de nouvelles barquettes aptes au contact alimentaire ;
    • Quant au PS, il sert, à date, à fabriquer des cintres ou des pots de fleurs. Pour trouver de meilleurs débouchés au PS, Citeo soutient plusieurs projets. Elle est aussi l’un des membres du consortium « PS25 », avec des metteurs en marché et des acteurs de la filière. Objectif : évaluer les conditions de la création d’une filière de recyclage du PS en France à horizon 2025.

    En savoir plus sur la filière "bottle to bottle" du PET opaque dans le secteur du lait

    Des bouteilles de lait se laissent griser par le PET opaque recyclé

    #éco-conception#recyclage

    Pour garantir la bonne gestion de ce flux, Citeo joue un nouveau rôle aux côtés d’autres entités : celui de repreneur de la matière. Quelles sont les conséquences en matière d’organisation ?

    En effet, Citeo s’est proposé auprès des pouvoirs publics et des acteurs de la filière pour faire partie des repreneurs potentiels de ce flux. C’est le rôle de Citeo de faire émerger une activité qui fait progresser le recyclage. D’autant plus que cette activité n’est pas rentable aujourd’hui et donc peu susceptible d’intéresser des repreneurs : en effet, la vente de la matière ne permet pas de compenser les opérations de transport et de surtri nécessaires.
    Ainsi, les pouvoirs publics ont créé une 4ème option de reprise pour permettre aux collectivités locales de bénéficier de conditions de reprise favorables pour le flux développement, qui sans cette disposition aurait une valeur négative.

    Aujourd’hui, Citeo est le principal repreneur du flux développement. En 2020, nous avons repris 4 700 tonnes d’emballages et garantit leur recyclage. Pour ce faire, nous avons bâti une nouvelle organisation. Une équipe Citeo dédiée se charge de :
    •    Conduire des appels d’offre pour les activités de transport et de surtri ;
    •    Contractualiser avec des transporteurs et des opérateurs pour faire acheminer les tonnes d’emballages du flux développement depuis les centres de tri jusqu’aux unités de surtri ; 
    •    Contractualiser avec les recycleurs qui se chargent de donner une nouvelle vie à ces emballages, et nous en certifient le recyclage.

    Pour financer transport, tri, surtri et le fonctionnement global de cette activité, estimé à 14 000 tonnes pour l’année 2021, nous disposons d‘un budget de 5 à 6 millions d’euros.

    Dans quelle mesure cette organisation va-t-elle prendre de l’ampleur dans les prochaines années ?

    Sur la base de la configuration actuelle, nous estimons que la production de flux développement va représenter de l’ordre de 80 000 tonnes d’emballages, quand la simplification du geste de tri sera généralisée à toute la France, et en tenant compte de nos évaluations de l’évolution des mises en marché des emballages.
    La législation, de plus en plus exigeante sur le niveau de qualité requis de la matière recyclée, nous fait penser que de plus en plus de matière devra faire l’objet d’un process de tri puis de surtri. Je vous donne un exemple : pour pouvoir être intégré dans de nouvelles bouteilles d’eau ou de jus, le PET clair doit être issu à plus de 95% de produits ayant contenu des produits alimentaires. Or aujourd’hui, cette résine est de plus en plus utilisée dans le secteur non alimentaire, par exemple pour fabriquer des flacons de produits d’entretien, de liquide vaisselle par exemple. Pour atteindre ce seuil de 95%, il faut donc, qu’à une étape de tri et/ou de préparation en amont du recyclage, un process soit capable de détecter et d’isoler le PET clair alimentaire du PET clair non alimentaire. Actuellement, les trieurs optiques implantés dans les centres de tri ne le permettent pas. Des pistes sont en cours de développement technique, comme par exemple le recours à l’intelligence artificielle.

    Ces évolutions nécessiteraient donc de nouveaux investissements ?

    En effet. Toutefois implanter ce type d’équipements dans la totalité des centres de tri (environ 160 aujourd’hui) serait difficilement supportable au plan économique et peu rationnel. A court ou moyen terme, il faudra donc dédier des sites à ce tri très précis pour garantir ce niveau de qualité, massifier les tonnes pour répondre aux besoins des recycleurs, tout en rationalisant les investissements industriels. L’utilisation du dispositif du flux développement parait répondre à ce type de problématique, qui va se généraliser et s’amplifier.

    Plus globalement l’activité de tri doit pouvoir s’adapter et faire preuve d’agilité pour produire les flux attendus par les filières de recyclage. Le contexte et les objectifs de la filière nous incitent à interroger l’organisation de cette activité, et à réfléchir à une organisation à même de répondre à ces exigences croissantes.

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